Impératif minceur

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Cette année, en plus de mes cours de psychologie, j’ai aussi des cours de sociologie. L’avantage de la L1, c’est qu’on a des UE inter-disciplinaire. La sociologie est une matière très chargée en boulot, mais tout comme la philosophie, j’aime me pencher sur un sujet. Pour mes partiels de janvier, j’ai eu un devoir à faire sur la minceur. Non que je sois fière de mon écrit, je le partage ici. J’ai pu l’écrire grâce à la synthèse de plusieurs textes que l’on a étudié :

  1. - TRAVAILLOT Yves, « L’impératif de la minceur comme norme corporelle », Sociologie des pratiques d’entretien du corps, Paris, 1998, p. 58-65 ;
  2. - DE SAINT POL Thibaut, « Corps et appartenance sociale : la corpulence en Europe », Données sociales. La société française, Paris, INSEE, 2008, p. 649-656 ;
  3. - BOUDIEU Pierre, « L’être féminin comme être perçu », La domination masculine, Paris, seuil, 1998 : Photo de Elle [Spécial anniversaire : 60 ans], n°3125, novembre 2005 ; Photo et « témoignage », Enjeux Les Echos [n° spécial été : « Ceci est mon corps »], juillet-août 2006.

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Les auteurs Yves Travaillot dans « L’impératif de la minceur comme norme corporelle », Thibaut De Saint Pol dans « Corps et appartenance sociale : la corpulence en Europe », et Pierre Bourdieu dans « L’être féminin comme être perçu », ainsi que les journalistes de magazines tels que « Elle » ou « Enjeux les Echos » ont compris que la minceur était devenu un objectif à atteindre coûte que coûte pour les individus, et notamment pour les femmes. La minceur est rentrée dans les normes, et est même devenue la norme de toutes les normes, celle qui montre notre appartenance sociale, celle qui montre notre état de santé. Être mince aujourd’hui a bien d’autre significations qu’autrefois. Qu’est-ce que le corps à travers cet impératif de minceur aujourd’hui ? Quel rôle a joué toute la médiatisation ? En quoi fait-il naître de nouvelles inégalités entre les individus ?
Dans un premier temps nous verrons ce qu’est le corps aujourd’hui, puis, dans un seconde temps, nous verrons que les médias ont joués un rôle important dans la propagation de cette norme d’impératif de minceur, et pour finir, nous verrons en quoi c’est une source d’inégalités entre les individus, que ça soit socialement ou biologiquement.

femmeL’impératif de minceur n’est pas né du jour au lendemain, il a mis plusieurs années à se mettre en place et à prendre l’ampleur qu’il a aujourd’hui. Avant, c’est-à-dire il y a quelques années, être gros signifiait être en bonne santé, et à l’inverse, être mince voulait dire que l’on avait des problèmes de santé important tels que des maladies. Aujourd’hui, la tendance c’est inversée, on est considéré comme négligent envers soi-même, malade et avec des troubles psychologiques lorsque l’on est gros, et être mince veut dire être en bonne santé, avoir un bon équilibre alimentaire, un esprit sain dans un corps sain qui fait du sport. Dans le texte de Travaillot, celui de Bourdieu, ainsi que dans les photographies, on voit très bien ce qu’est devenu le corps au fil des années, il est devenu objet. Le corps, et surtout celui de la femme, est objectisé, il ne représente plus un corps pour soi, mais un corps pour autrui. La femme travaille son corps par le biais du sport, par les régimes, et par un style vestimentaire, qui laisse certaine partie de son corps libre au regard des autres, à découvert (mini-jupe, décolleté …), juste à des fins de paraître bien et de plaire, plaire aux yeux des hommes, séduire, et monter en quoi elles sont différentes des autres femmes.
Être mince est devenu un objectif drastique que tout le monde cherche à atteindre, aussi bien les femmes que les hommes. Les femmes sont un objet de fantasme pour les hommes, elles doivent s’exclure de la société ou participer pour s’intégrer, au péril de nombreux préjudices. La femme n’est plus sûre de son corps, elle demande sans cesse la compensation de son « sentiment de déficient corporel », dans des institutions spécialisé par exemple. Tout ce qui caractérisait la femme en tant que telle, c’est-à-dire la forme de ses hanches, la taille de ses seins, tout ça disparaît progressivement avec l’apparition des régimes et des opérations chirurgicales. La beauté n’est plus quelque chose de naturelle, les prouesses médicales ont fait naître des possibilités de modifier ce que la nature nous a donné, ou d’ajouter ce qu’elle ne nous a pas donné. Les produits cosmétiques rentrent aussi dans le fait que nous pouvons ne plus être soi, faire de nous quelqu’un d’autre, de plus beau/belle. Ce phénomène ne touche pas seulement les adultes, il est également très en vogue chez les adolescents, et encore une fois, beaucoup plus présent pour le genre féminin que masculin. À un âge où l’adolescent se cherche, il cherche à construire ça personne. Dans la société actuelle, le paraître est beaucoup plus important que l’être.
Aujourd’hui, dans le texte de De Saint Pol, on voit bien l’importance du poids dans les différents pays. Les françaises ont la plus faible corpulence de toute l’Europe, mais cela n’empêche pas qu’elles soient les plus nombreuses à avoir des problèmes d’obésité, même si elles ont une corpulence inférieur de 14kg à celle des hommes. On voit donc bien qu’en France, que ça soit chez les hommes ou chez les femmes, l’IMC (Indice de Masse Corporelle, mesure du rapport du poids  sur le carré de la taille de l’individu) est le plus faible d’Europe avec environ 23,6kg/m² pour les femmes et 24,8kg/m² pour les hommes contre, dans l’ensemble de toutes les populations européennes, 23,8kg/m² pour les femmes, et 25,3kg/m² pour les hommes. La population française se décompose avec 5% des personnes en sous-poids, 60% aillant un poids « normal », 27% en surpoids, et 8% étant obèses. En comparaison, la Grèce possède 2% de sa population en sous-poids, 49% en poids « normal », 40% en surpoids, et 9% en obésité. La France compte donc plus de personne en sous-poids, mais moins de personne obèse que la Grèce, elle possède également le taux le plus faible de personne en surpoids, et le plus de personne aillant un poids qualifié de normal.
Ainsi, le corps d’aujourd’hui s’est objectisé, il est devenu un objet, un corps pour autrui, un corps que tout le monde veut voir et exposer. Les Français, et surtout les françaises sont devenus les plus fort, si on peut dire, de la maigreur. Mais quelle est la cause de ce phénomène de minceur ?

Cet objectif de minceur n’aurait jamais connu une telle ampleur s’il n’y avait pas eu cet important effet de médiatisation. Celui-ci a joué un rôle fondamental dans la propagation de cet impératif de minceur, il a participé, et participe toujours à son développement. En 1969, la télévision et les magazines font leurs entrée dans les foyers familiaux et dans les kiosques. Ce fut les premiers porteurs de ce message qu’est la minceur. On voit ainsi apparaître l’image de la femme mannequin, telle Jane Birkin. On assiste alors à un véritable « matraquage », les personnes qui se cachent derrière les publicités veulent imposer cette norme, et faire que toutes les femmes ressemblent à ces mannequins minces et élancés. Les formes des mannequins et des stars deviennent des modèles auxquels toutes les femmes cherchent à ressembler, tant bien que mal. On voit que ce phénomène de minceur prend de l’ampleur. Après une analyse des magazines Femme pratique, Marie-Claire, Marie-France, Guérir, Maigrir, on constate qu’ils contiennent 74 publicités en rapport avec la minceur. Le corps fait maintenant partie intégrante des magazines et des publicités télévisé, on le retrouve partout, mit en scène pour bien montrer la minceur des mannequins. Car oui, ça n’est pas n’importe quel corps que l’on expose sur les panneaux publicitaires, ce sont d’abord et avant tout des mannequins aux formes inexistantes.
femme1Ce phénomène touche encore une fois, aussi bien les femmes que les jeunes filles. De nos jours, même les magazines pour jeunes filles regorge de publicité ou de photos de stars mince comme des clous. Et à cet âge où l’on se cherche, on s’identifie à quelque chose, quelqu’un, principalement des stars auxquelles on aimerait ressembler. Et c’est à cet âge que commence le complexe du regard d’autrui. Cette norme de minceur nous est imposé dès notre plus jeune âge tellement il est partout, nous n’avons pas d’autre choix que de l’accepter car la société est tel un moule, et si on ne rentre pas dans les normes de ce moule, on se fait vite rejeter. Les personnes avec des formes trop importante ne rentre pas dans ce moule, et elles éprouvent bien des difficultés à ce faire accepter, ça n’est que maintenant que certaines choses se mettent en place.
La norme de minceur ne se retrouve pas seulement dans la publicité papier, audio ou télévisé, elle se retrouve même dans la mode. En effet, même dans le choix vestimentaire, on voit cette obsession de la minceur. Les vêtements avec le plus de style ou avec la meilleure qualité sont souvent conçu seulement dans des tailles ou seul les minces peuvent rentré. On impose donc, encore une fois, d’avoir une corpulence mince pour pouvoir porter de beaux vêtements de qualité. De plus, la mode a pris un virage depuis certain temps, et c’est encore plus marqué dans les rayons des femmes. On voit avec les beaux jours apparaître certain genre de vêtement, souvent qui laisse beaucoup le corps à découvert. Les femmes rondes n’y trouvent généralement pas leur compte du fait que ces vêtements sont conçu pour des tailles mannequins. Mais la mode est encore en train de changer. On voit peu à peu apparaître des mouvements de femmes rondes, des défilés prennent le jour, et de nouvelles marques naissent spécialement pour elles. Les femmes rondes s’assument et revendique le droit d’être ronde, on le voit notamment dans le témoignage d’Anne Ghodbane.

Ainsi, on peut dire que les médias ont joué un rôle vraiment très important dans la propagation de cet impératif de minceur. Ils ont su imposer ce genre à toute une population nationale, international, voir mondiale, sans trop de difficultés, et sans que les individus ne se rendent compte de quelque chose. Seulement, pas tout le monde n’est concerné par cet impératif, il est encore source de beaucoup d’inégalités.

L’accès à la minceur a une signification particulière. Tout d’abord, accéder à cette idée de minceur est en soi une chose coûteuse, car il faut pouvoir accéder à la télévision, aux magazines. De plus, les produits minceur, ou tout simplement, tout ce qui touche au régime, au corps, tel la chirurgie, a un coût plutôt élevé. On le voit notamment dans les publicités. Les mannequins qui posent pour ces publicités sont très mince, et ils ne posent pas pour n’importe quoi, ils posent pour des produits de luxe ou de marque tels que les parfums, les vêtements, les bijoux. Ils posent même pour les régimes. Ils sont déjà minces, mais font de la publicité pour des régimes. Les individus qui regardent ces publicités croient dur comme fer que ce sont ces produits de régime qui ont rendus le figurant aussi mince, ça fait donc rêver. Le fait que les mannequins posent pour ce type de publicité est déjà une inégalité, car tout ce qui pousse à la consommation dans ces publicités ne concerne qu’une partie de la population puisqu’elles s’adressent à un porte-feuille bien rempli, donc à une certaine catégorie sociale.
Le corps détermine notre appartenance sociale. Les classes supérieurs sont plus mince, du fait qu’ils ont les moyens de payer des opérations, d’aller dans des institutions de remise en forme après les fêtes, d’accéder à un coach personnel. Les classes les plus minces sont les premières à véhiculer ce message de minceur. Peut-être inconsciemment, mais du fait de leur médiatisation plus ou moins importante, ils imposent leur modèle à tout le reste de la population. De nos jour, le corps est socialement déterminé, il n’est plus naturel. Il a été biologiquement crée, mais la société le transforme. On voit dans la petite bourgeoisie naître une aliénation symbolique, les individus vivent pour être autre, c’est dans cette classe que l’on retrouve le plus grand nombre de personne souhaitant être mince. Car ils ont un peu les moyens, ils tendent à avoir la même corpulence que leur idole.
La minceur, et surtout le poids, diffère selon l’appartenance sociale, l’âge, le niveau de diplôme, et ce, peu importe le pays d’Europe. Il diffère selon les mêmes critères, mais encore plus chez les femmes que chez les hommes. À la différence que, selon que l’on soit des classes populaires ou supérieures, cette tendance tend à s’inverser. En effet, plus on monte dans les classes possédant davantage de moyens financiers, plus ce sont les hommes qui ont un poids supérieur à celui des femmes. Il y a donc bien des inégalités. Même dans ce qui semble pouvoir concerner tout le monde, on voit des inégalités naître. Il est toujours affaire d’une question de moyens financiers, et également question d’une affaire de démarcation de classe. Les classes supérieures qui, autrefois étaient reconnus par leur forte corpulence, ont inversées leur rôle avec les classes populaires, et sont maintenant distinguées par rapport à leur mince corpulence.

On peut donc conclure que l’impératif de minceur a vu le jour dans les médias, a été développé puis diffusé par eux. La population semble très affectée par ce phénomène que l’on croise partout, à la télévision, dans les médias, dans la rue. Le corps s’est transformé en objet à travers toute cette médiatisation, il est devenu un corps pour les autres, et beaucoup de pratiques, comme le sport ou les institutions spécialisées, ont su tirer profit de ce nouvel engouement, et ont vus le jour. L’objectif minceur reste l’objectif de tous les individus, et encore plus celui des femmes. Cependant, on observe quand même dans ce concept de fortes inégalités de classes, qui ne font qu’accentuer l’écart entre les catégories sociales.