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Adieu enfance, j’avance …

Nue

Quand le corps a été touché, l’intimité n’existe plus pour la personne elle-même, mais pour celle qui l’a bafouée.
Après une agression, se ré-approprier son corps est l’étape la plus difficile, après la confiance en soi.

J’avais 8 ans quand ça a commencé. 22 lorsque ça c’est finit. J’avance. Je recule. J’avance. La vie change quand on nous en vole une partie intime. C’est mon enfance qui est partie dans leurs gestes. J’étais une enfant, propulsée dans un monde de grand. Ne plus avoir peur, oser avoir confiance, en soi, en les hommes, en le monde. Oser prendre du temps pour soi, se faire plaisir, aimer son corps, prendre soin de soi. J’aimerai faire tout cela. Mais je n’y parvient pas. Certains jours oui. J’y pense, souvent. J’ai mal, tout le temps. J’en parle, pas très souvent. Parler, mettre des mots, on dit que ça aide. Mais qui nous aide à mettre ces mots ? J’aimerai bien parler. Mais j’ai tellement mal, tellement honte. Les émotions sont là, et depuis le temps que je retiens, j’ai peur de lâcher. Lâcher prise, c’est accepter ce qu’il c’est passer pour pouvoir en parler. J’accepte. Mais apparemment pas assez … Dans ma tête, je me répète souvent « tu t’es faite violée, on t’as touchée, on ta volée ton enfance, mais il faut que tu avances, ça t’es arrivée, mais tu es toujours vivante ». Je sais que ça m’est arrivé. J’accepte. Mais je crois que cette acceptation n’est que dans ma tête. Dès qu’il faut dire oralement, c’est le silence, l’angoisse, la tristesse. Rien ne sort. J’ai mal. Ils m’ont fait mal. Et pourtant, j’avance.