Calculatrice à salade

Aussi loin que je m’en souvienne, les troubles alimentaires ont toujours fait partie de moi. De naissance, « d’éducation » familiale, pure conséquence des expériences masculines. Je ne saurais probablement jamais, et je devrais toujours me battre contre. Enfin, j’espère m’en sortir un jour quand même.

Calculatrice à salade dans Turbulences alimentaires

Les troubles alimentaires ne sont vraiment pas quelque chose de drôle à vivre.C’est une véritable prison, un poison, qui se présente sous ses meilleurs jours au début, un paradis, et qui devient vite un enfer.
Ana, anorexie, et Mia, boulimie, se font la guerre. Quand ce n’est pas l’une, c’est l’autre. Et c’est toujours au moins l’une des deux. Ana et Mia varie selon mon état émotionnel. Leur donner un nom, celui que tous le monde y donne n’est pas bénéfique pour moi. C’est leur donner une place humaine, une valeurs, qu’elle n’ont aucunement. Ce sont des maladies, et non des meilleures amies comme elles se prônent l’être sur les sites pro-ana ou pro-mia. J’ai puisée longtemps des encouragements sur ces sites pour continuer à m’enfoncer. Mais je crois qu’au final, j’ai trouvé ça tellement stupide que j’y ai jamais adhéré. N’empêchent, elles ont toujours été là, ces maladies. Anorexie et boulimie. Je suis dans l’anorexie et la boulimie depuis jeune déjà, mais j’ai quand même eu des moments où ça allait bien. J’ai mis longtemps à demander de l’aide. En même temps, j’ai tellement alternée entre les deux que je n’ai jamais jusqu’à mettre gravement ma santé en danger (même si en soit, ma vie était quand même en danger).

Rapport au corps. Honte du corps. Le regard de l’autre. La parole de l’autre. Fuite de la féminité. Prise de contrôle. L’origine en est tellement partout, et tout aussi douloureuse quelque soit la raison. J’ai beaucoup de mal à en parler, parler du corps est pour moi un sujet très sensible. On lui a fait tellement de mal à ce corps. On l’a touché, on l’a violé, on l’a battu. Tellement de maltraitance, pendant si longtemps. Il n’a connu que ça, et maintenant que je suis adulte, je perpétue les schémas que l’ont m’a appris. Je coupe mon corps en le mutilant, en lui infligeant des restrictions alimentaires, du sport à outrance, des dommages internes avec des médicaments. Je continue de maltraiter mon corps, alors même que j’en crève de pouvoir m’arrêter. Mourir, j’en rêve tellement, mais je sais très bien que ce n’est pas ce que je veux. Je veux vivre, j’aime la vie, je veux juste que les problèmes s’en aillent.

A compter les calories. A rester des heures dans les rayons des magasins pour trouver le produit le moins calorique et le moins sucré. A débourser 60€ de nourriture pour uniquement un repas, qui finira dans les toilettes. A se peser tous les matins, remplir un tableau méticuleusement, à se mesurer le tour de hanches, tailles, cuisses. A y penser jours et nuit. A se priver de moments entre amis parce qu’il faudra manger quelque chose. Quand ça devient une obsession, c’est le moment d’appeler à l’aide.

Quand je suis en période uniquement anorexique, c’est parce que j’ai atteint un poids qui me fait honte, des formes dans mon corps qui me rappellent que trop que je suis un bout de viande pour les hommes. Parce que je ne rentre plus dans mes pantalons, parce que mes vêtements me moulent des formes que je n’aime pas et qui dépassent. Parce que les amis ou des gens que je ne connais pas me parle de ces formes, souvent du genre « t’as grossie ». Pour quelqu’un de très complexée, ce n’est pas agréable à entendre. Ou alors je commence à trop me faire approchée par des garçons qui sont attirés par moi. Je fuie. Je mutile mon corps de grosse vache, et j’arrêt de manger. Ou alors je vomi tout ce que je mange.
Quand je suis en période uniquement boulimique, c’est que rien ne va. Je suis tellement mal en point et détruite de l’intérieure que je mange en grosse crise pour combler le vide qui règne en moi. Selon les périodes, je peux me faire vomir ou non.
Lorsque je suis les deux, je suis majoritairement anorexique, à ne rien manger de la journée, et en même temps boulimique à faire une énorme crise le soir et la vomir dans la foulée. C’est ainsi qu’à ma dernière période de crise, j’ai perdue 14kg en 2 mois. Cette perte ne s’est pourtant tellement pas vue que si je n’avais pas demander de l’aide, personne n’aurait remarqué et je me serais laisser crever. Hors, j’ai la volonté de sortir de toute ces auto-destructions. Les troubles alimentaires, c’est dangereux pour la santé, mais aussi pour l’estime de soi (déjà bas chez moi), pour la sphère sociale (déjà pauvre chez moi), et l’aspect psychologique (déjà bien fragile chez moi).

Un jour j’en sortirai, un jour je m’accepterai telle que je suis. Un jour, je dirai à mon Moi petite fille que oui, des hommes l’ont salie, que oui, elle a reçu des coups, que oui, elle a été humiliée, mais que tout ceci est maintenant fini. Le seul mal qui lui arrive, c’est celui qu’elle s’inflige toute seule. Quand la petite fille acceptera son histoire et son corps, alors peut-être qu’elle ira bien.

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