Immersion : 24h

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J’avais déjà eu comme projet d’écrire une journée type. Mais devant l’invasion des stimulations, j’étais incapable d’écrire. C’était bien trop lourd à gérer. Le fil de ma pensée allant bien trop vite pour moi, il m’est souvent difficile de rester concentrer sur une même chose. Aujourd’hui, je réitère la tentative. Je pourrais prendre une journée d’il y a quelque temps, je n’aurais pas de mal à m’en rappeler. Mais non, je choisi celle d’aujourd’hui. 21 décembre 2016. Parce qu’elle fut riche en crise, riche stimulations, et riche en bonnes choses (oui oui, décompte activé -clin d’oeil-).

M’enfin. Ce projet m’est revenu aussi parce que lundi, j’ai acheté et lu « La différence invisible », de Mademoiselle Caroline et Julie Dachez. Heureuse de cette lecture qui me va comme un gant, et qui, met exactement en mot et en image toutes ces choses que je n’ai jamais réussit à sortir de ma tête. M’en voila ravie, et m’en voila potentiellement apte à vous partager une journée dans la tête d’une fille qui pense trop.

Donc voila, je me lance, et bienvenu dans une journée de 24h.

21/12/2016

Minuit 13 précisément, j’arrive enfin à fermer l’oeil. Après avoir tournée et tournée. Stressée et turlupinée par quelque chose, mais sans savoir quoi. Ca ne m’a pas inquiété plus que ça, vue le soucis F que j’ai en ce moment. Ca me prend la tête. Je tourne et je tourne dans mon lit. Je m’endors.

Nuit calme ? Pas de réveil nocturne, pas de rêve, pas de cauchemars. Yeux ouvert à 8h46, sans difficulté. Pourquoi si tôt ? Etant en retard de 2h sur mon heure de couché habituelle, j’espérais dormir jusqu’à 9h40 (2h après mon levé habituel, 7h40). Mais non, 8h46, réveillée, avec cette sensation d’avoir oubliée quelque chose. C’est étouffant, mais je passe outre. J’allume ma télé, comme tous les jours. Je mets Gulli (chaîne de dessin animé), non pas que c’est hypra intéressant, mais c’est la seule chaîne TNT qui ne diffuse pas à ce moment là de journal, d’information, d’actualité, de télé réalité, de télé achat, de truc cul cul et prise de tête. Les dessins animés, c’est soft. Ca me rappel ô combien ceux de mon enfance me manque. Je m’évade dans mes pensées, « Le Roi Julian : élu des lémurien » en fond sonore. 9h15, je suis lavée, habillée. Je coupe la télé, et met un CD de musique, acheté récemment et déballer pour l’occasion. « Dogora ». Langue inventée. [Ma voisine parle fort, ça m'énerve]. [Le concierge sort les poubelles, ça fait un bruit affreux, ça m'énerve, ça me pique les oreilles, je monte le son de la musique]. 9h20, je sors mes lapins de leur cage. La femelle dans le salon, le mâle dans le reste de l’appartement. [J'aime cette musique, ça me détend, je met le CD en boucle]. Je prépare mon planning de la journée.

Ranger appartement, faire la vaisselle, faire à manger, manger, faire à nouveau la vaisselle, plier le linge, prendre le bus à 13h15 pour aller à Leclerc, arrivée prévue pour 13h28, aller à la banque, ce qui prendra environ 20 minutes car moment d’affluence, en profiter au passage pour aller cherche le lot de chocolat prévu pour le concours en cours, sortir de Leclerc pour aller prendre l’autre bus, qui est à 14h17 pour me rendre à mon rdv psy, trajet de 25 minutes, arrivée prévue pour 14h42, si pas de retard, si pas de changement de programme ou d’imprévu, ça me laisse une avance de 45 minutes environ pour récupérer un livre et discuter un peu avec la longue coupure des vacances, qui plus est, aussi angoissante que les quelques jours que je viens de passer. A delà, pas de planification, 16h15 mon rdv sera finit, et j’aviserais, dans la mesure où je ne sais jamais comment je vais être à la sortie.

Pour l’heure, il est que 9h30, j’ai 3h30 pour faire ce que j’ai à faire chez moi avant de devoir sortir. [Il fait froid, j'aime pas sortir, les gens vont tous prendre le bus et blablablablabla, et les voitures, sa grince, j'aime pas le froid et la pluie]. Je prend mon lapin mâle, qui me suis partout quand je bouge. Je m’allonge avec lui, et c’est parti pour un long moment de câlin et de léchouille (moment positif 1). Au passage je lui coupe ses griffes. Il est 10h03. Je vais faire ma vaisselle, faire mon lit, ranger un peu par ci par là. Petit coup de balai. Pause. Je m’allonge sur le tapis, et profite de la musique. [Ma voisine s'est enfin tue, ce n'est pas trop tôt]. 10h57, le téléphone sonne. Je n’attends pas d’appel. « La fac ». Je m’enferme déjà dans mon fil de pensée, ça y est, le rdv va être annulé, elle peut pas venir, pitié, pas ça, pas le moment, pitié. Je décroche. Allo ? Voix familière. Mais mauvaise nouvelle. En retard de 30 minutes. J’ai raté mon rdv, pourtant persuadée qu’il était à 15h30. Désespoir. Misère. Catastrophe. Fin du monde. Je boue, et vois ma journée tomber en éclat. Pas prévu, pas possible, j’ai raté l’heure, je me sens affreusement nulle dans mon organisation, nulle dans mon fonctionnement, nulle tout court. Je dois de toute façon aller à l’endroit du rdv pour récupérer mon livre. Bonne nouvelle, j’aurai ce point de chute pour amortir ce qui monte en moi. Une tempête. Aussitôt raccroché, incapable de dire à quel point cette erreur de ma part est grandement difficile à gérer, à supporter, à surmonter, commence une longue période de crise. D’abord à sauter sur moi-même en me bouchant les oreilles. Ensuite à tourner en rond dans l’appartement, en sautillant. Voila que je commence à pleurer, à me dénigrer de tous les noms. Retour aux oreilles bouchées à tournée en rond. Montée en pression. TORNADE. J’envois volé tout ce que j’ai sous la main, donne des coups de pied, des coups de poing, dans les oreillers, dans les mûrs. 15 minutes, 30 minutes, 1h, 1h30, ça dure, ça dure, et me sens incapable de me calmer. Quelqu’un sonne à la porte. Monsieur d’Orange. « Bonjour, on vient installer la fibre optique, peut-on fixer un rdv ? ». [T'arrives pas au bon moment gars là, j'en veux pas de ta fibre à la con, mon internet me suffit, puis c'est pas le moment là]. « Non, désolé, ça ne m’intéresse pas, je n’ai pas besoin d’internet ». « Comment faites-vous ? ». « Je vais à la BU, ça me suffit » [A croire qu'une personne qui ne veut pas d'internet n'est pas normale ! Que c'est impossible de vivre sans ...]. « D’accord, bonne journée madame ». « Merci, vous aussi ». [Retour à la crise]. Je re-cogne partout, et achève mon poing, ma main gonfle et devient bleue. Ai-je mal ? Oui, mais pas à la main. Quelque part à l’intérieur de moi. Suis-je calmer pour autant ? Non. J’attrape un objet tranchant, et me fait mal. Inévitable. Depuis la semaine dernière que je me retenait. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Je prends sur moi, mais à un moment, je ne peux plus. Il est 13h24. Ca fait 2h30 que je suis en crise, et toujours pas calmer. Assez quand même pour prendre le risque de sortir de chez moi et de côtoyer le monde extérieur. J’envisage de me rendre à l’endroit du rdv, pour décuver, parler, penser à autre chose, finir par rigoler, relativiser, et rebondir. Le bus est à 13h36. J’enfile mes chaussures, mon manteau, mon écharpe. Je prépare mon sac pour aller à la banque. A la base, je voulais aller à la banque avant, mais je me suis dit, dans l’état où je suis, je ne vais pas prendre le risque de m’aventurer dans un magasin (la banque est dans un magasin), magasin bondé de monde pour les fêtes, et les lumières partout qui clignotent, et les trucs qui tournent, et les gens, des gens, toujours des gens, des blabalbalablabla, des talons, des lumières, des gens, du bruit, du bruit, des cons, trop trop trop de chose. Non non non, j’irai après. Quand je serais un peu plus calmer. Direction « La Fac ». Arriver 13h42. Fermée ! Personne sur le parking. Aussitôt sortie du bus, aussitôt partie en sens inverse à tout allure, mes pensées en ébullitions, la pression qui remonte de plus belle. C’est fermé. En pause, ou définitivement ? Non, pas déjà, ce n’est pas déjà les vacances ? Ô non, mon livre, et et et j’avais pas rester dans cet état ? 15 jours ? Déjà, mais j’ai pas pue discuter. Non … Je pars au loin, m’assoie dans l’herbe, et attends [c'est froid, il fait froid]. Je regarde sur mon téléphone les horaires de fermeture pour les vacances. Rien. Panique à bord. Pitié, pas déjà fermé … Je me dit qu’ils sont juste en pause repas. Qu’à 14h ça va ouvrir … Alors j’attends, dans le froid, totalement perdue dans mon flux de pensée. J’en peux plus, mauvaise journée ! J’attends.

14h sonne. Je stress et ne veux pas bouger. 14h08, je me motive et commence à avancer de nouveau vers « La Fac ». Je ne prends pas la route la plus droite pour y aller. Mais celle qui le tour. D’un rapide coup d’oeil, je vois une fenêtre ouverte. Ouf, c’est toujours ouvert. Mais je doute tout le reste du chemin. Elle a très bien pu être oubliée … Ou alors, c’est une personne qui est resté faire des heures supplémentaires. je ne sais pas. Je doute. Sur la parking, toujours personne, de là où je suis. Beaucoup de fenêtres sont ouvertes, c’est bel et bien ouvert. J’y vais. la peur au ventre que ça soit fermé. J’y vais. Les voitures sont garées devant, dans l’angle que l’on ne voit pas de loin. Ma référence habituelle n’est pas à sa place. Je crois que c’est de là que vient la panique. Me semblait l’avoir entendu dire au téléphone qu’elle sera là jusqu’à une certaine heure. Mais en monde journée de merde, j’avais peut-être mal entendu. Pas sa voiture, elle pas là, moi trompée, « La Fac » fermée. J’essaye de me calmer en parlant par SMS à quelqu’un, mais non, personne. Panique. Mais non, elle est là ! Je respire, même si ça ne va pas. La pression est là.

On s’en retourne pour un long moment de « discutaille » (moment positif 2). J’aime cette lampe, miroir. Il fait gris dehors. Personne dans le couloir, sauf deux fois quelqu’un en talon. Quelqu’un a sonné aussi. On parle. Bobo. J’aime les canards maintenant aussi (ou les chats selon ce que je croise). L’heure est venue de partir. Nooooooooon. Mon moi intérieur refuse, je refuse, j’ai pas envie, pas envie d’être en vacances, pas envie, envie de parler, parler et encore parler, parler d’autre chose, parler des choses, dire les choses, mais non … J’veux pas partir, j’veux pas qu’elle parte … 15 jours … c’est trop long … Regard-t-elle ses mails pour les vacances ? Non, pas de boulot en vacances, ce sont les vacances, même si oui, non je ne dois pas. J’ai pas envie. Juste envie de m’effondrer de me recroquevillé et de dire que j’ai pas envie, que j’ai mal de cette vie, mal d’être comme ça, mal de la différence, mal d’être en vacances. Je veux une main, un contact. Mais non non non. Non. Im-po-ssible. Pas le droit.

Je m’en vais. Il est 15h39. Bus dans le sens de la banque prévue à 36. Râté. Je pars donc dans un bus dans l’autre sens, pour en attraper un autre pour la banque. Passage piéton. Blanc, noir, blanc, noir. Feu vert. 5, 4, 3, 2, 1 feu rouge : vert piéton. [bruit de voiture, encore et encore et encore]. Les gens traversent n’importe où. Quel danger pour eux et pour les autres. Le bus arrive. Beaucoup de monde. Des gens au téléphone. On téléphone pas dans un habitacle, ça envoit les ondes sur le cerveau. Les gens parlent fort. Ca se bouscule, ça se touche. Ca tousse, ça essuie son nez avec sa main avant de toucher les boutons d’arrêts. Ca met ses doigts dans le nez. Les gens m’exaspèrent.

Arrivé magasin. Le parking en mode embouteillage. Catastrophe, ma ligne droite habituelle est fichue. Du monde, du monde, encore du monde, et des pots d’échappement. Ca pue. Et se bruit assourdissant, juste avant d’entrée dans le magasin, la ventilation, une horreur. Du monde, encore du monde. Des lumières partout, ça brille, ça clignote. Des gens. Direction les toilettes. 5 minutes de décompression, en boule, les yeux fermés et les mains sur les oreilles. 5 minutes hors du monde. Direction la banque. Action faite. Retour arrêt de bus. 13 minutes d’attente. Je rentre à pied. je marche sur la ligne, passage piéton blanc, noir, blanc noir. Feux rouge, vert piéton. Je traverse. Prochain feux, j’attends. Je traverse. 207 voitures croisées. 13 camions. 1 bus. Des gens, encore des gens. Retour maison, il est 16h34. A 16h55, je dois allumer la télé, sur 6ter, même chaîne, même heure que d’habitude, tous les jours. Même film. Je suis à l’heure, c’est minime, mais au moins une chose habituelle dans ma journée catastrophe d’imprévu.Mes habitudes, ça me rassure. Je suis à l’heure, bonheur (moment positif de secours n°3).

17h14, fait à mangé. Mangé. Télé. Motivée à ne rien faire d’autre. 20h je me lance dans l’écriture du présent article. 21h25, je constate que je dois partir demain et que je ne peux pas faire ma vaisselle, à cause de ma main, souffrante de la crise du matin. 21h26, je vais re-manger (tout petit repas à 17h14, je n’avais rien manger depuis 10h. Prise antibio et fin de soirée devant le film qui a commencer, pour aller dormir à 22h. Heure à laquelle ma montre va sonner, comme tous les soirs, pour aller dormir.

21h33, j’arrêt là ma journée. Entendez bien, ça ne fait donc pas 24h, mais seulement 21h34. Je pourrais changer le titre, mais non, c’était l’esprit de base.

Bonne … journée, soirée, nuit, ou que sais-je d’autre.

Et bien non. 22h, toujours debout. 23h aussi, 00h aussi. Il est actuellement 00h06, je ne dors toujours pas, je stress, pour je ne sais pas quoi. Si ce n’est le retour à la demeure parentale. Je tourne, tourne, tourne, et finis par m’endormir. La boucle est faite, cela fait bien 24h de blablatées.

Cette fois-ci, c’est finit.