Cet été 2004

J’ai déjà quelque peu rédigé un article à ce sujet, voir peut-être même deux, mais surtout un (que vous retrouverez ici s’il vous chante de le lire) pour expliquer les faits. Mais bon, ils datent de 2015 et 2016, il s’est passé beaucoup de chose depuis, beaucoup de révélations, de nouveaux éléments, et surtout, un besoin d’en parler, de dire encore et encore ce qu’il s’est passé, mais avec les vrai mots cette fois-ci, pas à coup de « machin », « truc », « chose ».

Aussi, une procédure a été lancée en  2013. Je compte en parler également dans mon présent écrit, mais sans donné de dates, noms, lieux ou autre pouvant permettre de me reconnaître moi, les personnes impliquées, ou lui. Même si lui, j’avoue m’en ficher un peu, et n’ayant pas été sa seule victime, je trouve logique de le balancer au monde entier qu’il puisse souffrir autant qu’il m’a fait souffrir, qu’il nous a fait souffrir. Mais évidement, je n’ai pas le droit de faire cela, c’est de la diffamation, et je ne tiens pas à m’attirer des problèmes. Je trouve que j’en ai déjà bien assez… j’ai hâte de retrouver une vie un peu plus apaisée, alors pas de diffamation.

Cet été 2004 dans Agressions, violences

Que c’est-il passé cet été 2004 ?

On se connaissais depuis quelques jours, ou semaines, ça je ne sais pas. Je faisais partie d’un groupe d’ami, on était 3, puis il est venu se greffer à nous. Bien plus vieux, mais je n’en savais rien à ce moment, il faisait très immature. Pour autant, il y avait quelque chose d’effrayant chez lui. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai dans ma tête le souvenir de son regard très noir, et de son visage menaçant. Mais là encore, au tout début, je n’avais pas conscience de ça. C’était au fond de moi, dans l’inconscient.

Un jour, les deux autres du groupe sont parti et m’ont laissé seul avec lui. Là, ne me demandé pas pourquoi je ne suis pas partie avec eux, je n’en sais rien. J’étais pétrifié, je n’avais aucune idée de ce qui allait se passé, pourtant, mon corps lui s’était totalement bloqué, comme s’il savait mieux que moi que je courrais un danger. Il m’a planté là, tétanisée en train de regarder mes deux amis partir et me livrer à lui. Eux-même ne savaient même pas ce qui allait se passer, je l’espère en tout cas. J’ignore pourquoi ils sont parti ce jour-là, je ne les ai plus vraiment revu après.

Bref, une fois seule avec lui, j’ai 12 ans, il est majeur, et il m’impose une fellation. Fellation que je refuse à de nombreuses reprise, sans qu’il ne me lâche pour autant. Il m’a menacé que j’aurai des problèmes si je ne fais pas ce qu’il disait. Il était violent, les épaules, les cheveux, ma tête, il tirait et appuyait fort pour que je fasse ce qu’il me demande. Il me tenait assez fort pour que je ne puisse pas m’enfuir.

A un moment, il a détourné le regard, pensant entendre un bruit dans les parages. J’ai donc pu enlever son sexe de ma bouche, mais n’ai pas pu partir pour autant car il me tenait toujours. Il a ensuite repris là où il s’était arrêté, refusant encore d’écouter mon refus et mes larmes.

Pour ne pas avoir à remettre son sexe dans ma bouche, chose dure, visqueuse, puante, répugnante, j’ai opté pour un stratagème. J’ai mouillé mes doigts, et en faisant un cercle en joignant mon pouce et mon index, cela représentait  une bouche, ma bouche, faite avec ma main. Ça a fonctionné quelques seconde, mais il a vite compris et repris sa manœuvre de plus belle, et avec plus de violence.

Il m’a ensuite lâcher. Avant septembre 2017, j’ignorais totalement comment j’avais fait pour m’en allé. Pour moi, je m’étais enfuie, et j’étais rentrée en courant. Mais en faite, il m’avais simplement lâcher. Chose qu’il dira dans sa déclaration en ajoutant qu’il avait soudain pris conscience de mon refus et de mes pleurs, et qu’il m’avait donc laissé partir. Soit. Parce qu’il y a des façons de dire non, de se débattre ou de pleurer plus explicite pour exprimer un refus ? Si oui, je veux bien les connaître hein, mais pour moi, il s’en foutait juste, il voulait prendre son pied et puis c’est tout.

En parler Fellation dans Agressions, violences

La première fois que j’en ai parlé, c’était quelques mois après, on est toujours en 2004. A une camarade de classe. Mais elle m’a traité de menteuse. Je pense aujourd’hui juste que c’était sa manière a elle de se protéger d’un sujet qui la dépasse autant que moi. Je ne lui en veut plus maintenant, j’ai compris, mais quand je lui en ait parlé cette année-là, j’avais besoin moi aussi qu’on me protège.

La seconde fois, c’était par écrit, en 2008. 4 ans après. A l’infirmière de mon ancien collège. Un océan nous séparé car j’avais déménagé, j’espérais donc qu’elle ne pourrait rien déclencher pour dénoncer l’acte, j’avais peur des conséquence, peur d’en parler réellement. Elle n’a rien déclenché. Je l’en remercie, même si inconsciemment, j’imagine que j’aurais préféré qu’elle fasse quelque chose. Mais je ne me sentais pas capable de demander, j’avais peur, d’en parler, de ma famille, des conséquences, je ne sais pas, j’avais juste peur, sans doute honte aussi, c’était vraiment très marqué en moi et douloureux. On n’en n’a pas reparlé après ça, par écrit.

La troisième fois, en 2011, 8 ans après les faits, et c’est celle-ci qui a déclenché le besoin d’en parler souvent, que ça sorte, c’est un rdv avec une infirmière pour rencontrer un psychologue. Je ne suis pas rentrée dans les détails, à vrai dire je n’ai pas dit grand chose, mais cette infirmière a sue trouver les mots pour que je dise quelques mots. J’ai ensuite rencontrée la psychologue, mais on abordera assez peu se sujet avec elle. Tout d’abord parce que je n’en était pas prête, aussi parce qu’il était trop présent et actif émotionnellement. Le lâcher prise, accepter de lâcher mes émotions devant des personnes, comprendre déjà ce qu’il se passe en moi est compliqué. A l’heure actuelle, nous commençons petit à petit à aborder ce sujet, car j’en ai vraiment besoin aux vues de la procédure judiciaire, mais je n’y arrive pas tellement. Dire les mots est vraiment difficile encore, beaucoup d’émotion, la peur toujours, la honte, la culpabilité.

Outre cette psychologue, j’ai aussi eu un suivi, très bref (3 rdv) fin 2017. Une psychologue spécialisé dans l’aide aux victimes. Elle a sue me rassurer sur pas mal de point. Notamment sur mes capacités à me battre dans la vie, ma résilience. En faite, je pensais que j’étais dissociée durant l’agression. C’est à dire qu’au moment de l’agression, j’avais l’impression de ne plus être là, de regarder de loin, comme si ça n’était pas moi. Le fait que je me débatte, puis que je mette en place un stratagème rend finalement compte que j’étais bien là, que c’était bien moi - au secours, je n’ai pas envie que ça soit moi, mon histoire, mon viol - et que j’étais déjà une battante à ce moment de ma vie, que je refusais de me laisser faire, j’avais une capacité de résilience. Ca enlève une part de culpabilité du fait que je ne me sois pas laisser faire, que j’aurai du partir avec nos deux amis, que j’aurai du me débattre davantage. Mais non, tout ça est physiologique, je n’avais aucun contrôle sur mon corps à ce moment-là, je ne pouvais donc rien faire. Dès que j’ai repris le contrôle, il était déjà trop tard, pour autant, j’ai essayé, jusqu’à ce qu’il me lâche, de résister.

La part de culpabilité qu’il reste, c’est de ne pas en avoir parler pendant toutes ces années, mais ça encore, vue l’équilibre familiale que j’avais, vue les relations que j’avais avec les autres et le peu de confiance de j’avais en les gens, je ne pouvais de toute façon rien dire, je n’avais personne qui pouvait m’écouter. Je pense au final que de n’avoir rien dit m’a servi de protection et a été beaucoup plus efficace que si j’en avait parlé. En effet, quand je me faisait frappé à l’école, ou quand j’avais parlé à ma mère d’attouchements subi lorsque j’avais 8 ans, elle m’a répondue « ce n’est pas grave, ça va passer ». Je pense que si j’avais dévoilé cette agression de mes 12 ans tout de suite après, on m’aurait dit quelque chose de ce genre, et je me serais construite dans l’idée que l’on pouvait me faire ce genre de chose. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé pour les attouchements, j’ai subi pendant 1 an en me laissant faire, pareil pour les coups, j’ai subi jusqu’à mon année de première sans rien faire, sans m’en plaindre, car c’était normal. Ne pas avoir parlé de ce viol, c’était refusé inconsciemment que c’était normal. Je n’avais aucun mot à mettre dessus à cette époque, je ne savais même pas comment ça s’appelait, je savais juste que c’était sale et interdit, et qu’il ne fallait pas en parler. Outre la menace supplémentaire qu’il m’avait faite pour que je n’en parle pas.

Il y a encore une autre part de culpabilité. Toujours active, même si elle rejoins un peu les autres dans sa solution. J’ai était diagnostiqué surdoué. Comment, n’ai-je alors pas sue me protéger moi-même ? Comment n’ai-je pas vue venir ce qu’il planifiait de faire ? On me dit que je n’étais qu’un enfant, que j’étais insouciante, que ça n’était pas à moi de me protéger moi-même. Que j’ai bien réagit pour une enfant de mon âge en me défendant mais que je n’aurai pas pu faire mieux. Ca rassure, mais pour autant, ça reste là, ça me colle à la peau, je n’arrive pas encore a accepter ce point.

 JusticeIl y a la honte aussi. La honte du regard des autres, mais surtout la honte de moi-même. Par moment, je peux rien manger qui a la forme d’un sexe, genre banane, saucisse, car beaucoup disent que quand on croque dedans, c’est qu’on est obsédés. Pas moi, mais du coup, ça active tout de suite les image de son sexe à lui, et ça active tout de suite l’acte de fellation. De même, dire oralement ce mot, fellation, ainsi que bouche, sexe me fait me sentir très mal car ça active tout, je vois l’acte, et j’éprouve cette honte, la répugnance, c’est dégueulasse. Dire les mots, c’est subir l’acte en présence de quelqu’un. Si je dit par exemple à ma psy, je subi avec elle en spectatrice. C’est assez difficile à vivre. Les mots, rien que les mots sont empreint d’une lourde charge émotionnelle. Aussi, comme je trouve cet acte horrible, répugnant, et tout ce que vous voulez du même registre, en parler à quelqu’un fait automatiquement un transfert de pensées. Parce que moi je pense ça, je me dit que la personne en face va penser la même chose si je lui raconte, et donc que je vais paraître sale, dégueulasse, répugnante, et tout autre mots que vous voulez.

Émotionnellement, je suis très fermée, je laisse rarement sortir ce que je pense vraiment, avec l’intonation qu’il faudrait y mettre. J’ai souvent dit que ce qu’il m’avait fait n’était pas grave, qu’il s’était égaré, et que ça ne servait à rien de lui en vouloir aujourd’hui car le mal est fait. Mais non. Je lui en veut, il m’a pourri la vie, ça fait 14 ans qu’il m’a violée, 14 ans que je souffre, 14 ans que je ne vie plus à cause de lui (et d’autres choses aussi mais surtout lui). Je voudrais qu’il peine, qu’il souffre autant que moi j’ai souffert, qu’il souffre encore autant que je vais souffrir jusqu’à ce que j’arrive à me libérer de tout ça. Il m’a volé la fin de mon enfance, mon adolescence, ma jeunesse, le début de ma vie d’adulte. Je vie dans la peur que ça recommence, dans la peu d’aller boire un verre avec des amis par peur des effets inhibiteurs de l’alcool et d’en parler à mes dépend, peur d’être dehors la nuit, peur de croiser des hommes, peur d’avoir un copain, peur des relations sexuelles, je haie mon corps, je haie manger, je ne vie plus, il occupe mes pensées en permanence, consciemment ou inconsciemment.

J’ai porté plainte en 2013, pour obtenir réparation. Cela fait 5 ans qu’elle dure. On est aujourd’hui en l’attente d’une date de procès en assise.

Assises car oui, on m’a proposé une requalification mais j’ai refusé. Il m’a violé, il ne m’a pas juste toucher les fesses. Si quelqu’un écrase volontairement votre enfant sur la route, vous voudriez qu’il paye et qu’il soit puni pour ce qu’il a fait, c’est à dire un meurtre, un infanticide. Au lieu de cela, la justice vous propose une requalification, pour que ça passe en correctionnel, que ça soit moins long, moins de papiers, etc. Et le lueur de votre enfant sera alors jugé pour avoir stationner sa voiture sans payer l’horodateur … Il prendre une simple amendes de quelques euros, et vous vous serez meurtri car votre enfant aura été tué et le coupable pas puni à auteur de son acte. Et bien s’est pareil ici. Accepté une requalification, c’est accepter que le viol, un crime, se transforme en attouchement, un délit. Accepter d’inventer une histoire qui n’est pas la mienne pour alléger la procédure. Accepter pour aller plus vite. Accepter aussi d’aller mal jusqu’à la fin de mes jours car j’aurai abandonné en cours de route et accepté la facilité, accepté qu’il soit toujours libre, accepter d’avoir minimiser l’acte subi alors que non. Appelons un chat un chat. Il m’a violé, il sera puni pour m’avoir violé. C’est tout.

Du coup, la procédure en assises, il y en a encore pour environ 4 ans d’attente avant que la procédure se termine. Pourquoi 4 ans ? Car les procès en assise ne sont pas souvent, et que sont traités en priorité les personnes incarcérées (1 an environ de délai). Mon violeur est en liberté, car jugée pas trop responsable de ses actes (il a quand même commis d’autres viols, tentatives de viol, attouchements avant moi hein … mais pas responsable évidement, car il aurait une déficience). Quand ils sont en liberté donc, il y a environ 3 ans d’attente. Je vise 4 ans, comme ça, je serai ravie si ça dure moins longtemps. Si ça dure plus longtemps, je me rassurerais en me disant que je ne suis plus à 1 an près, mais bon, c’est long et lourd.

Et on se demande pourquoi les victimes ne veulent pas porter plainte ???

Moi je vous direz quand même, allez-y. C’est long, c’est dure, mais c’est utile et important pour votre reconstruction.

Soyez bien accompagné par contre pour le faire.