Procès d’Assises

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Dans le suite de l’affaire judiciaire qui m’oppose à « lui ».

Cela fait 14 ans que l’agression a eu lieue. Ca fera 14 ans tout rond fin juillet 2018. 14 ans …

Cela fait 5 ans que j’ai porté plainte. Début mars 2013. 5 ans.

J’ai à ce jour 26 ans. Lui 32 ans.

J’ai reçu il y a 1 ou 2 semaines la décision du renvoie en coure d’Assises. Après avoir lutté pour ne pas aller en correctionnel, j’ai cette victoire d’avoir été entendue. C’est un crime qu’il a commis, et non un délit. Il doit être puni pour un crime, et non un délit.

Handicap, serte, mais récidiviste, rappelé souvent par la loi, déjà condamné. Le handicap veut-il dire qu’on ne risque rien ? Je ne suis pas d’accord. Moi-même j’ai cette reconnaissance pour autant, est-ce que je vais aller violer tout le monde ? est-ce que je vais tué quelqu’un ? Est-ce que je vais allé commettre un crime ou un délit parce que je sais que je ne risquerais rien ? Bah non, car je sais que c’est interdit, j’en ai surtout déjà pas envie, et je sais que le handicap ne nous donne pas tous les droits. Il est handicapé ?soit. Il n’est pas accessible à une sanction pénal ? soit. mais il existe des dispositifs d’incarcération en psychiatrie, ou des trucs qui le mettrai hors d’état de nuire, car visiblement, il a du mal à comprendre … Je ne suis pas sa seule victime. Il y en a eu avant moi, il y en a eu après. Il y en a même eu pendant l’affaire qui est en cours, pour laquelle il a simplement eu un rappel à la loi ! La justice attend qu’il ait fait combien de victime avant de le stopper ? Combien de famille et de vie devront être encore brisée avant que la justice agisse ? Je ne sais pas …

Bon, j’ai l’air déterminée, je le suis. Pour autant, je suis aussi détruite, anéantie par ce qu’il a fait.

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Ce procès en Assises me paralyse. Il n’y a pas encore de date, d’ici 3 ou 4 ans d’après mon avocate. Mais d’avoir gardé le silence pendant si longtemps (7 ans), et ne pas trouver de professionnels dans les agressions dans ma région est un grand poids/frein à une reconstruction. Je parle très difficilement de l’agression et de ce qui l’entoure, les répercussions, et pourtant, j’en ai plus qu’envie, j’en ai besoin, car ça m’empoisonne. J’ai besoin qu’un travail soit fait en profondeur, que je lâche prise, que j’accepte, que je craque, que je me libère.

Il y a quelques années, j’ai appris qu’une de mes cousines était en procédure également car elle avait aussi été agressée. Il y a quelques temps, j’ai appris qu’elle se battait pour un procès d’assises, et elle vient juste d’avoir la confirmation que ça sera en procès d’Assises. J’envie cette cousine, car dans ses messages, elle montre une telle force, une telle résilience. J’aimerai être comme elle. J’envie sa situation, elle semble avoir une bonne vie, des personnes qui l’aiment, des personnes avec qui elle peut se confier … Je regrette de ne pas avoir cela, de ne pas mener la même vie. Vraiment. Le soutien change beaucoup de chose.

Après, j’ai en même temps la malchance de n’avoir pas vécu que son viol à lui. Il y a une histoire familiale compliquée, une enfance et adolescence à la merci de certains hommes, et en plus, la complexité d’un fonctionnement différent qui me rend la communication compliquée.

Pour exemple, dans ma famille, ma mère a eu connaissance du viol, ça m’est revenu il n’y a pas longtemps, car elle avait lu mon journal intime que mon grand frère était venu récupérer dans ma chambre. Elle a tenté une discussion avec moi, mais ne sachant comment dire et comment gérer la complexité émotionnelle de la chose, bah je n’ai rien dit, j’ai plutôt tout niée pour ne pas craquer, ne pas m’effondré, ne pas prendre conscience réellement que tout ça m’était arrivé. J’avais 13 ans (2005), cela faisait 1 an que le viol avait eu lieu. Elle m’a dit ok, puis elle est partie … On n’en a jamais reparlé ensuite. En 2015, mes parents ont été mis au courant du viol, car la gendarmerie voulait leur témoignage (même si je leur avait dit que je n’en avait jamais parlé avec eux), en faite, j’ai été prise au dépourvue. Ils les ont auditionnés sans me demandé. Du coup, ils ont été au courant car les gendarmes leurs ont tout dit dans les détails, pour autant, ils n’en ont jamais parlé, ma mère a continuer de regarder des films qui traitaient de viol en dénigrant les victimes en sortant des phrases du type « c’est bon, elle exagère, si elle veut, elle peut aller mieux toute seule, pas besoin d’en faire autant ». Hum … en somme, elle n’a pas l’air de comprendre … Il y a quelques mois, en 2018 donc, j’avais appelé mes parents pour discuter un peu, car je venais d’avoir le papier du correctionnel, et que je n’étais pas très bien, et que j’avais besoin de parler, même si je savais que ça n’était pas les personnes qu’il fallait appeler pour ça n’ayant jamais été là auparavant, bah c’était les seul que j’avais sur le coup … Ma mère, au téléphone, me sort un « ah, je croyais que c’était finit tout ça et que tu avais tourner la page, ça ne sert à rien de s’acharner » … coup de massue. Sa phrase pleine de ras le bol, pleine d’incompréhension, vidé de toute émotion. Je suis sa fille, elle est ma mère, elle ne me soutien pas.

De plus, dans ma région, il n’y a visiblement aucune aide pour les victimes, aucune association. Du moins, si, il y en a une. J’ai rencontré leur psychologue 3 fois, et depuis, plus rien, cela fait 5 mois que je n’ai plus de nouvelle, personne ne répond aux mails, le seul moyen qu’il me reste pour essayer de les joindre c’est le téléphone … autant dire que ça n’arrivera pas tout de suite n’aimant pas cet objet. Super !

D’autres personnes (professionnels) avec qui fait voulu en parler parce que c’est vraiment pesant m’ont dit qu’il vaudrait mieux que j’attend d’avoir la date du procès pour m’y préparer, que cela ne servait à rien de commencer à me prendre la tête avant tout de suite. Soit, donc je dois encore attendre 3 à 4 ans avant d’entamer une démarche pour aller mieux ? Je dois encore garder le silence pendant au moins 3 ans ? Désolé, mais je n’y arrive plus. De plus, je regarde en ce moment beaucoup de vidéos sur des procès d’Assises en France, et lit aussi des livres. Ce n’est pas rassurant du tout, et cela me stress de plus en plus car ça a l’air vraiment vraiment d’être une rude épreuve. J’irai jusqu’au bout, je ne lâcherai rien, mais j’ai un réel besoin de pouvoir verbaliser maintenant et de ne pas attendre 3 à 4 ans. Mais évidement, ayant du mal à m’exprimer et dire vraiment ce que j’ai envie de dire, bah je n’arrive pas à me faire comprendre et dire à quel point c’est important pour moi là maintenant tout de suite.

Certains ne comprennent pas le besoin d’en parler, d’en reparler, et d’en parler encore, d’aller au fond des choses, jusqu’à craquer. En général, dès qu’on aborde le sujet, dès le premier blocage, on clos la discussion et on passe à autre chose …

Je ne me sens pas entendue, écouter, soutenue. Mais peut-être est-ce ma faute aussi parce que je parle difficilement et que je bloque.

Bref, j’avais besoin d’évacuer un peu là, parce que je me sens vraiment seule avec tout ça. J’ai qu’une seule amie (on ne parle que en ligne) avec qui je pourrais en parler, mais je sais qu’elle ne va pas très bien elle aussi alors bon, je préfère pas l’embêter. Ce qui est drôle, c’est qu’elle se dit la même chose pour s’empêcher de parler avec moi. C’est délicat.

Quelques uns de mes autres amis, qui sont vaguement au courant, me disent de me tourner vers Dieu, que seul lui peut me soutenir, m’aider à guérir. Hum … alors je ne vais pas dire que je ne suis pas croyante, juste que croire Dieu a sans doute ses limites.  Ce n’est pas tant croire à une personne qui m’intéresse, mais plutôt avoir un temps de réflexion, sur moi-même, sur la vie, sur le monde, et sur mon prochain. Alors Dieu m’aide pour réfléchir, mais quand même, ce n’est pas lui qui va me prendre par la main lors du procès pour oser parler, ce n’est pas lui qui va me serrer dans ses bras parce que mon corps s’enflamme, ce n’est pas lui qui va me dire ces mots pour soigner ma douleur. Il n’a pas une baguette magique qui va faire disparaître tout le mal-être … J’y ait cru un temps, j’ai prié des nuit entière que tout s’arrête, qu’on me laisse tranquille, que je devienne une enfant normale (je croyais à l’époque que c’était ma faute tout ce qui arrivait, que c’était parce que je faisais quelque chose de mauvais que l’on me faisait tout ça), il ne s’est jamais rien passé, rien n’a jamais changé. Ça prend du temps qu’ils disent, ouai bah ça prend autant de temps que si je ne faisais rien visiblement … Rien ! Briseur de rêve. Dieu m’aide à réfléchir, mais Dieu ne m’aidera jamais à faire disparaître la douleur, les images, les cauchemars.

Bref, bref, bref, je clos la discussion pour aujourd’hui.

On-avait-peur-de-parler dans La quotidienne -L’un des livres que j’ai lu était « On avait peur de parler » des éditions City. Ecrit par les Harding. Ces 2 soeurs et 1 frère, ainsi que leur mère, qui raconte leur histoire. Les 2 soeurs ont été abusé par leur père. Le moment de la révélation, le procès, l’après procès a été une rude épreuve. Leur mère, le jour de la révélation, me fait penser à la mienne. Même dans la relation, j’ai vue la mienne choyer mon petit-frère et m’oublier complètement. La mère a ensuite pris compte de la situation, la famille s’est ressoudé. Du soutient. Soutient que moi, je n’aurai jamais parce que je n’ai simplement pas de famille.

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 Il y a aussi cette vidéo. Qui film 3 procès de violence ou de meurtre. Ca a été rassurant de connaître le déroulement d’un procès d’Assises français. Très différent du modèle américain. Rassurant, toujours la même procédure. Par contre, s’est effrayant, tétanisant, comment les avocats poussent, comment les victimes parlent, comment l’accusé parle.

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Une autre vidéo encore. Cette fois, c’est le procès d’Assises de victimes de viols et tentative de viol. 15 victimes, 1 seul homme, 1 procès, 1 peine minimaliste. Je me met à la place des filles lorsque l’accusé se victimise. Il a une histoire difficile, sert, mais n’empêche. C’est ce que je ressent quand la Juge me dit qu’un procès d’Assises sera très difficile pour mon violeur, et que sa peine sera la même qu’on aille aux Assises ou au Correctionnel. Sur le coup, je m’en fou de lui, je m’en fou de sa vie. Il m’a tué, il m’a détruite, et en plus, je devrai prendre soin de lui et ne pas lui imposer de chose trop difficile ? Non mais ou va le monde !?! Est-ce qu’il m’a demandé mon avis à moi quand j’avais 12 ans ???