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Quand l’alcool délie la parole

Je n’aime pas l’alcool. C’est une évidence. Ce liquide qu vient bruler ma gorge, me piquer l’oesophage, contracter tout mon visage de dégoût et d’amertume. Non, c’est sûr, je n’aime pas l’alcool.

La plupart des gens disent que c’est a force de boire que l’on aime l’alcool, qu’avec le temps, ce goût pas si bon que ça devient agréable, envoutant. Tout comme le café ou la cigarette d’ailleurs. Les premiers moments ne sont pas une partie de plaisir. Pourtant, les gens le font. Je ne comprends pas pourquoi se torturer pour entrer dans une classe sociale, avoir du style, un genre, ou faire comme tout le monde.

Bref.

Je n’aime pas l’alcool.

whiskey and natural ice

J’ai déjà essayé de boire, plusieurs fois même. Pas pour en apprécier le goût, non, ça, j’ai toujours autant de mal. Mais pour espérer ressentir  l’effet d’inhibition dont tout le monde parle. N’importe quel alcool, je voulais juste que mon cerveau me fiche la paix, que j’oublie l’espace d’un instant la vie que j’ai et que j’ai eu. Être libre, faire sauter les blocages, faire sauter les peurs, mettre en pause ce cerveau qui réfléchit trop et m’empêche d’être moi-même. Je n’ai jamais réussit à avoir cet effet … et pourtant, j’ai descendue des litres de vodka, de soho, de malibu. Rien y fait, mon cerveau s’accroche, comme si lâcher était dangereux, comme s’il me savait pas prête à devenir insouciante, comme s’il savait que si je perdais le contrôle ça serai la fin de moi, la fin de l’illusion, l’obligation de faire face à ce que repousse le plus loin possible depuis toujours.

Bref, ça ne m’a jamais fait cet effet d’inhibition tant rechercher.

Sauf ce soir là.

Les soirées avec des gens, ce n’est pas mon truc d’habitude. Mais là, ça faisait plusieurs jours que j’étais sur ma bouteille de vodka en solitaire dans mon appartement, elle ne me procurait pourtant aucun bien être, mais elle était là. A présent vide. Cette soirée était l’occasion de pouvoir boire encore, me mettre minable au pire car en compagnie d’autre gens, quelqu’un aurait forcément dit stop ou alerter les secours si j’étais allé trop loin. J’y suis allé. Je ne me suis pas mise minable.

En faite, j’ai bue dès que je suis arrivée. Du rhum. 1 premier verre pas trop dosé, et 2 autres suffisamment pour me sentir différemment. Moi. cerveau en pause, désinhibée, enfin, libre, plus de blocage.

Les soirées avec des gens, ce n’est pas mon truc d’habitude. Mais pour la première fois de ma vie, j’ai aimé, apprécié, une soirée. On a parlé viol, agression, et je ne me suis pas fermée, au contraire (sans parler de mon histoire, je n’étais pas tant alcoolisée que ça). J’ai aimé cette soirée, vraiment, ne pas analyser les gens, ne pas compter les décos sur les murs, ne pas réfléchir à ce que je dois dire, comment le dire, à qui. Ne pas me concentrer sur ce que dit tout le monde pour ne pas en lâcher une miette. Non. La liberté, vraiment. C’était agréable, pour la première fois de ma vie, de me sentir à ma place, pas en décalage avec les autres, juste bien dans ma peau.

La soirée a durée longtemps. Très longtemps. L’effet de l’alcool aussi, suffisamment en tout cas jusqu’à mon rdv psy 4h plus tard. Le rdv où je n’ai pas bloqué, où j’ai parlé. Difficile rdv, mais agréable rdv. Pour la première fois depuis longtemps, j’en suis sortie vidée et terriblement bien. Première pensée à la sortie. Moi, violée, autiste, avec un haut potentiel intellectuel, la solution à mes maux se trouve dans l’alcool. Quelques verres et ça y est, je deviens normal, je n’ai plus de trouble, dixit les problèmes, les pensées, la douleur. Jusqu’à la décuve, le réveil, le retour sur terre. A quand la prochaine cuite ???

L’alcool n’est vraiment pas mon délire. J’ai tellement apprécier ce moment que je tomberai vite dans l’alcoolisme je crois. Alors non. De manière très ponctuelle pourquoi pas, histoire de se rappeler qu’il y a des choses bien dans la vie. Mais pas plus que ça. Les dégâts à long terme seront pire que la souffrance actuelle. Après tout, entre les scarifications, les troubles alimentaires, le sports à outrance ou intensif, les tentatives de suicide, le repli, l’alcool n’est qu’un moyen de plus de me faire du mal et me détruire.

Pas d’alcool, ça reste le mieux. Quelques fois ok, mais pas tous les soirs, pas toutes les semaines.